Maurice GRUAU

Il fut vicaire général de l’évêché de Mayenne, aumônier des prisons, curé d’Appoigny en Bourgogne pendant vingt ans, en charge de 13 paroisses… Personne ou presque ne l’appelle "mon père", Maurice tout simplement parce qu’il a vécu son ministère "d’égal à égal avec ses fidèles".

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Jean-Hubert me demande de dire ce que j’ai fait avant d’accéder à l’équipe nationale de l’aumônerie catholique des prisons. ça prend forcément de la place quand on a déjà une longue existence derrière soi. Né le jour de Noël 1930 dans la Mayenne angevine, ordonné prêtre à Laval en 1955, j’ai exercé le Ministère paroissial en Mayenne pendant 12 ans. Ensuite, on m’a confié des responsabilités diocésaines : 4 ans à l’Apostolat des Laïcs et 8 ans comme vicaire général. Après quoi, j’ai souhaité reprendre un ministère de base et suis allé, dans l’Yonne retrouver Eugène Ernoult, un vieil ami devenu archevêque de Sens. Parallèlement aux activités du ministère, j’ai poursuivi quelques études : de la théologie à l’université catholique de l’Ouest, une licence de sociologie l’université de Rennes. Cela m’a permis d’enseigner la linguistique à la faculté de médecine puis à la faculté dentaire de Rennes et au centre national de formation des personnels territoriaux à Paris. J’ai aussi le redoutable privilège de succéder à Michel de Certeau dans l’enseignements de l’anthropologie religieuse à Paris II (Jussieu). Responsable pendant 17 ans, de la rédaction de deux modestes publications liturgiques : " Dimanche en paroisse " et " Aujourd’hui dimanche ", j’ai été amené à publier un " livret de préparation au baptême " et un recueil d’homélies, textes et prières pour les obsèques " Résurrection " tous deux parus aux éditions Socéval, puis un livre en réponse à Jean Guitton et aux frères Bogdanov " Après Jean Guitton Dieu ? " paru aux éditions du Cerf et un ouvrage " L’homme rituel ", paru aux éditions Métaillé. Dans l’Yonne, j’ai exercé le ministère paroissial pendant 22 ans et c’est à la maison d’arrêt d’Auxerre que j’ai fait ma première expérience dans l’aumônerie des prisons.

Maurice Gruau.

Maurice Gruau publie "naissance d'un vieux prêtre" le 8 novembre 2012.

ARTICLE JDD

Le Curé Anthropologue

Veillant sur les âmes d’Appoigny (Yonne)

Maurice Gruau décrypte les us et coutumes

Des catholiques français

Comme s’ils venaient d’un pays lointain

(Marion Festraëts - Magazine l’Express du 22.04.99)

Maurice Gruau ne porte pas sa foi en sautoir. Aucune croix à son revers, pas de col romain. Né en 1930, l’abbé appartient à cette génération de prêtres qui ont vécu la transition entre tradition et dépoussiérage, la messe en latin dos aux paroissiens et les homélies en français face à l’assistance. Sa langue n’est pas du bois dont on fait les confessionnaux, mais du verbe franc dont il écrit ses livres. Car Gruau mène une double vie : curé de campagne à Appoigny (Yonne) , il est aussi professeur à l’Université de Jussieu, où il enseigne l’anthropologie religieuse à ses étudiants de troisième cycle. Il vient de publier un essai, l’Homme rituel (Métaillé), où il décortique les us et coutumes du catholicisme français. Acteur et témoin d’une pratique de déshérence, il décrypte une messe, un baptême comme on le ferait d’une cérémonie bantoue ou esquimaude. Nourri de psychanalyse, de sociologie et de linguistique, il explore la part d’inconscient qui imprègne la gestuelle traditionnelle. " Freud avait prédit la fin prochaine des religions, quand tout le monde aurait constaté leur caractère irrationnel, écrit-il. Or c’est justement parce que les rites sont en partie irrationnels qu’ils ont leur chance de durer " Parce que s’y matérialisent des désirs, des peurs et des demandes que le langage et la raison ne suffisent pas à exprimer.

Gruau célèbre sa messe selon la liturgie d’autrefois, dont il aime la dimension sacrée, l’imaginaire, la part obscure, forgée par les siècles. N’y voyez aucune parenté avec les intégristes : l’abbé officie avec le calice légué par un ami prêtre-ouvrier, et les récentes déclarations vaticanes condamnant l’utilisation de la pilule du lendemain pour les femmes violées du Kosovo lui inspirent des réflexions pas très catholiques. Il y a vingt ans qu’il a démissionné d e ses fonctions de vicaire général pour retourner faire curé de village. Par peur de " se laisser bouffer par l’institution " . Lui ne rejette personne : sa porte est ouverte à tous, pour une nuit ou pour six mois. Peut-être parce que son père l’a mis une nuit dehors lorsqu’il a appris sa vocation : " il n’a plus jamais mis les pieds à l’église ".

Marion Festraëts

Magazine l’Express du 22.04.99

(Remerciements à Mme MARLOT, M.BERSUAT et Mme SERRATE-AGUILAR pour leur aide)